entrevue

Quand Dominique entre dans le bureau de Vatinel, il ne sent pas ce parfum épicé qui flotte, il n’est pas très sensible aux odeurs, et puis il n’est pas venu ici souvent depuis la nomination de son directeur, pas assez pour savoir que ce parfum n’a rien à voir avec celui de Vatinel ni celui de sa secrétaire. Donc, il entre et s’assoit, sort son ordinateur, l’allume, pendant le temps de la connexion au serveur il entend Vatinel à côté parler, un banal problème de rendez-vous à annuler à replacer le lendemain, lorsqu’il surgit dans le bureau il s’annonce avec un joyeux « alors Dominique comment ca va chez vous ? » Ce « chez vous » étrange, comme une invitation à se confier sur sa vie privée avant de passer aux choses sérieuses. Dominique répond par un courtois « très bien et vous-même » — réponse qui n’appelle jamais de réponse, et le voilà qui enchaine sur sa présentation de l’étude, il déroule, présente les arguments, puis à la partie 3, il relève la tête, Vatinel en face de lui signe les courriers empilés dans les parapheurs noirs, de là où il est, il ne peut pas voir le sac de sport en nylon noir au sol sur le côté gauche du bureau, il ne voit pas non la clé USB devant le pot à crayons — c’est une clé bleu ciel. A l’instant ou il s’apprête à lui expliquer la nécessité de modifier un peu les calculs de l’indice, le portable de Vatinel vibre quelque part, mais Dominique continue de développer, entre dans les détails, et conclut. Le portable vibre encore. Rien. Vatinel pose deux questions, et valide. Tout. Tout de suite. A ce moment-là, Dominique est surtout soulagé de ne pas avoir à reprendre toute sa présentation, les questions, elles, elles viendront plus tard quand on lui demandera de se remémorer toute la scène comme cet appel que Vatinel finira par prendre en le raccompagnant à la porte, deux phrases qu’il prononcera à son interlocuteur « C’est OK, ton dossier passe en commission demain ».

inutile

Inutile de fermer votre fenêtre, je passerai par le toit !  Il était cassé comme un oeuf. Assise sur la fenêtre, elle préféra ignorer la foule agglutinée sous elle. La branche arrachée de l’arbre s’était plantée ici. Ses cheveux avaient poussé, et maintenant il formait un amas si haut, que sa touffe dépassait de plusieurs centimètres. De quoi la reconnaitre dans la foule. Quelle envie précieuse de tout balancer, laisser ses vieilles photos partir en fumée.

Au fond du couloir, derrière un amas de cartons abandonnés, il devina une lueur dans la cour intérieure. Me laisser surprendre par le sel sur ces bras chauds, ses pensées revenaient peu à peu telle une onde sur le fil du lac. Quelle journée magnifique il venait de passer ! Il ne pouvait se défaire de l’image de son sourire, et la petite lueur de ses yeux délavés de chagrin, et ces mains de bébé qui battaient l’air au-dessus du couffin.